Une perspective de modernisation troublante

Une conférence s’est tenue mercredi (02.03.2016) au GCSP (Geneva Centre For Security Policy). Thème de la soirée : modernisation des armes nucléaire, ultime assurance ou garantie d’insécurité ? Mr Xavier Colin, Journaliste à la RTS modère la discussion. Le débat s’ouvre sur une vidéo du secrétaire à la défense anglaise Michael Fallon, qui explique que le Royaume Uni va investir 41 milliards dans la modernisation de son arsenal nucléaire, investissement nécessaire pour que la dissuasion nucléaire fonctionne.

L’Ambassadeur Jorge Lomonaco, représentant permanent du Mexique aux Nations Unies à Genève, ouvre la discussion. En réponse à la vidéo, il questionne : de quel sécurité parle-t-on ? Pourquoi la sécurité de certains Etats devrait-elle prévaloir sur la sécurité collective, la sécurité de tous? L’Ambassadeur fait ensuite une analogie avec l’abolition de l’esclavage. Il explique que lorsqu’une pratique est immorale ou erronée, il faut la stigmatiser et l’interdire. Pour la sécurité de tous, les Etats non dotés de l’arme nucléaire peuvent et doivent agir urgemment pour une interdiction, et ce même sans la participation des Etats nucléaires.

Richard Lennane, fondateur de l’ONG, Wildfire, prend ensuite la parole pour dénoncer l’hypocrisie des Etats possesseurs de l’arme nucléaire. Comment peuvent-ils défendre un monde sans armes nucléaires tout en mettant en avant les bienfaits et la nécessité de la dissuasion ? Il remarque aussi que Michael Fallon, dans son interview n’a pas mentionné une seule fois le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), en particulier l’article VI, qui engage chacun des Etats parties à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives au désarmement nucléaire. La modernisation de l’arsenal nucléaire n’est guère compatible avec cet obligation légale.

Finalement, Bruno Tetrais de la Fondation pour la recherche stratégique propose une analyse plus nuancée des programmes de modernisation. Il distingue plusieurs approches, à savoir le remplacement, l’amélioration, l’adaptation, la mise à jour et la dévalorisation (replace, upgrade, adapt, update, downgrade). Il note également que la France utilise désormais le terme «pérennisation», en lieu et place de «modernisation».

En réponse à ces explications, Richard Lennane fait un parallèle amusant : «Si vous voulez vendre votre maison, allez-vous investir des moyens considérables pour la remplacer, l’améliorer, l’adapter, la mettre à jour ou la dévaloriser avant de procéder à la vente?» Il est évident que les Etats nucléaires n’ont aucune intention de respecter leur obligation de désarmer.

Patrick Chaboudet, journaliste à la RTS, a suivi ce débat et s’est entretenu avec Richard Lennane et Bruno Tetrais d’une perspective de modernisation troublante dans l’émission Tout un monde de la RTS.

En savoir plus

Assuring Destruction Forever (Reaching Critical Will, 2013) →

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