Percée dans les discussions sur le désarmement nucléaire : des négociations pour une interdiction totale en vue

Le 19 août, après trois séances (en février, mai et août 2016), le group de travail (OEWG) de l’ONU a adopté le rapport final et formulé des recommandations concernant l’avancement du désarmement nucléaire à l’Assemblée Générale. En effet, une majorité écrasante des États a voté pour l’ouverture de négociations en 2017 pour une interdiction mondiale des armes nucléaires.

107 États d’Afrique, d’Amérique latine et centrale, du Sud-Est asiatique ainsi que bon nombre d’États européens se sont alliés en faveur de la proposition de convoquer une conférence l’année prochaine pour mettre au ban les armes nucléaires par un traité international en vue de leur élimination complète.

Seul un petit groupe de 24 États a continué à défendre une position défavorable au traité, basée sur l’argument que les armes nucléaires sont un élément essentiel à leur sécurité. Malgré la forte résistance que ce groupe a opposé jusqu’à la fin du processus et l’exclusion de la société civile de la tractation finale du texte, ces États n’ont pas pu empêcher l’adoption de la recommandation sur le lancement de négociations.

Il appartient maintenant à la Première Commission de l’Assemblée générale qui se réunit en octobre prochain d’accorder le mandat pour commencer un processus diplomatique de négociation. Selon Beatrice Fihn, Directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN)

il ne fait aucun doute que la majorité des membres de l’ONU ont l’intention d’entamer des négociations l’année prochaine sur un traité interdisant les armes nucléaires. C’est un tournant dans la lutte en faveur d’un monde sans armes nucléaires qui dure depuis des décennies. L’OEWG a accompli une avancée majeure aujourd’hui.

Lors du vote du rapport final, la Suisse a préféré s’abstenir prétextant que ce genre de décisions ne doivent pas être prises à la majorité simple mais qu’elles doivent être portées par tous les États. En contradiction apparente avec l’esprit démocratique tant vanté de notre pays, le gouvernement s’obstine à s’imposer un rôle de médiateur – une position aux perspectives de succès très limitées, comme l’a montré l’échec de la Conférence de Révision du Traité de Non-Prolifération (NPT) en mai 2015. En effet, les États dotés de l’arme nucléaire ont choisi de ne pas participer à l’OEWG. Or, sans leur coopération les efforts de la Suisse comme médiatrice s’avèrent inefficaces.

La Suisse sera-t-elle du bon côté de l’histoire? Les progrès accomplis par l’OEWG ont été rendu possibles par l’arrivée de l’initiative humanitaire, c’est-à-dire la réinterprétation du désarmement nucléaire mettant au centre de la discussion les conséquences humanitaires inacceptables que ces armes provoquent. Les négociations sont en vue. Les États de l’OTAN, dont la politique de sécurité se base sur le concept de la dissuasion et desquels la position suisse semble se rapprocher, deviennent de plus en plus divisés – alors même que le Liechtenstein décide de s’aligner avec l’Autriche et non plus avec la Suisse.

Vu le changement politique qui a eu lieu à l’OEWG, ICAN Switzerland espère que la Suisse prendra la décision de laisser derrière elle les politiques sans principes en matière de désarmement de ces dernières années. L’Assemblée générale de l’ONU qui aura lieu cet automne présente une bonne occasion pour la Suisse de retrouver son rôle de promoteur du désarmement humanitaire.

Les commentaires sont fermés.